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Japon – Le festival du feu de Kurama

Le festival du feu de Kurama est sans doute l’un des évènements les plus importants de la région de Kyoto. Kurama se dévoile dans la suite de la série « Atterrissage à Tokyo« , un voyage au cœur d’un Japon mystérieux, divisé entre modernité et culture ancestrale. 

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Les wagons tremblent par à-coup. Le train poursuit sa route à travers la forêt illuminée par les rares rayons de soleil traversant les nuages. Le vent balaye timidement la cime des arbres. Certains commencent à se parer pour l’hiver avec des teintures aux rouges carmin et amarante. Le ciel est menaçant et donne à la montagne sacrée de Kurama un contraste saisissant avec la forêt. Le spectacle est apaisant. La forêt est un lieu de rêverie, comme dans les célèbres films de Miyasaki et les tremblements du train sont comme une berceuse. Il ne faudra pas longtemps pour se perdre dans ses propres songes.

La gare de Kurama est le terminus de la ligne Eizan. Il faut déjà frais en ce mois d’octobre. Le village de Kurama est niché sur les flancs de la montagne qui porte le même nom, proche du mont Kurama, au nord de Kyoto. Kurama paraît éloignée de tout, alors que nous sommes qu’à quelques dizaines de kilomètres de Kyoto. Le train qui nous a menés jusqu’à ce village semble le seul moyen de rejoindre la lointaine capitale impériale. Le temps semble n’avoir pas eu d’emprise ici, ayant abandonné Kurama à son sort. De très belles maisons aux devantures en bois parcourent la rue principale. Pour le touriste ordinaire, cette architecture traditionnelle permet de s’immiscer dans le Japon d’antan, le Japon des samouraïs, des paysans dans les rizières et des négociants parcourant les campagnes. Un doux parfum de dépaysement nous envahit. Peut-être ne sommes-nous pas encore tout à fait réveiller.

Les rues sont calmes, la forêt s’exprime par le sifflement du vent dans les feuilles. Seule l’agitation des policiers perturbe le calme apparent. Ils sont une centaine sur la place du village. Kurama doit compter moins d’habitants. Cela semble presque déraisonnable. Pourtant une tension se fait ressentir dans l’air. Nous les voyons agiter des plans, discuter entre eux. Ils se préparent pour la dure et longue soirée qui s’annonce.

Les taimatsu, les torches gigantesques

En attendant le début des festivités, nous trouvons l’un des seuls restaurants ouverts à Kurama. Les odeurs de riz et de poisson emplissent allégrement l’intérieur joliment décoré du restaurant. Les repas nous sont apportés rapidement, avec les sourires de la vieille restauratrice. La rapidité du service est de mise, même à Kurama. La soupe miso est servie dans un bol en bois, le poisson est grillé à point. En bon français, nous prenons notre temps pour déguster ce mets appétissant.

À la sortie du restaurant, nous comprenons tout d’un coup l’ampleur du festival auquel nous allons assister. En l’espace de ce court moment, des centaines de touristes ont apparu dans la rue. Le petit village de montagne semble submerger par un flot incessant de voyageurs, aussi curieux que nous de voir le festival du feu. Toutes les vingt minutes, un nouveau train arrive en gare de Kurama, rempli d’irréductible curieux. Les policiers sont déjà en action, demandant aux nouveaux venus de ne pas bloquer l’entrée de la gare. Des sifflements, des agitations, la politesse des policiers qui demandent de ne pas rester immobiles, en disant « pardon » bien entendu. La rue principale est coupée en deux pour permettre au festival de se tenir dans de bonnes conditions.

Nous n’avons pas d’autre choix que de faire le tour du village. Les policiers sont là pour veiller à ce que tout le monde avance. Nous n’avons pas le droit de rester immobiles. Devant les maisons se trouvent d’immenses torches, aussi appelées taimatsu. Ces torches sont faites de pins et mesurent jusqu’à trois mètres de long pour un poids d’environ quatre-vingts kilogrammes. Autant dire que les hommes portant ces torches peuvent être considérés comme des athlètes. Il faut à peine une petite demi-heure pour faire le tour en passant par l’arrière du village, avant de revenir sur la place principale.

À ce moment, il ne s’agit plus de centaines de personnes venues assistées au festival du feu de Kurama, mais des milliers. Le festival du feu est l’un des évènements les plus populaires et appréciés dans la région de Kyoto. L’origine de ce festival remonte vers l’an 940, quand Kyoto fût frappé par un séisme. Le temple aujourd’hui appelé Kuruma-Dera fut alors déplacé à Kurama, au nord de Kyoto, car cette région était considérée comme la porte d’entrée des fantômes et des esprits. Et le festival du feu s’est peu à peu transformé en rite de passage à l’âge adulte pour les jeunes hommes du village.

Au commencement de la nuit, la rue principale de Kurama s’allume de mille feux. Des deux côtés de la rue se trouvent des foyers métalliques qui laissent s’échapper d’immenses flammes. La première partie du festival se déroule dans les rues de Kurama. Les jeunes et les moins jeunes portent les fameux taimatsu jusqu’au temple Yuki-Jinja, un peu plus loin dans la montagne, avant de revenir au temple Kurama-Dera. C’est précisément dans ce temple que se déroule la seconde partie, tard dans la nuit. Nous n’y assisterons pas.

Les flammes des taimatsu sont immenses et nous sentons la chaleur du feu si proche de nous. Il faut plusieurs personnes pour aider à placer les taimatsu sur les épaules d’un porteur, non sans peine. Les habitants de Kurama célèbrent dans la bonne humeur, malgré la horde de touristes. Toute la famille est réunie et tout le monde participent, que ce soit pour porter les taimatsu, allumer le feu, ou tout simplement chanter de mélodieuses chansons. Il semble que toute la magie du Japon se soit retrouvée à ce moment, à cet instant. Voir ces personnes en habit traditionnel guidées par leur foie et leur spiritualité en est presque émouvant. Surtout, il semble y avoir une ferveur à protéger les traditions les plus anciennes. Nous sommes émerveillés.

Un festival trop populaire

Émerveillés, mais aussi déçu. L’étouffement de la foule est tel qu’après le second tour du village, nous n’apprécions plus le moment présent. Il y a beaucoup trop de monde pour pouvoir assister sereinement au festival. Le mythique croisement de piétons à Shibuya à Tokyo n’est rien à côté de Kurama à cet instant. Aussi, les flammes de certains flambeaux sont très proches des touristes, à en devenir dangereux. Tout le monde se bouscule. Les policiers, même si très polis, crient dans des haut-parleurs qu’il faut continuer à avancer. Le festival devient stressant, plus désagréable que d’aller dans un centre commercial la veuille de Noël. Après être revenus à la gare, nous ne nous posons pas deux fois la même question et retournons à Kyoto dans le premier train.

Nous redescendons la montagne dans l’obscurité la plus totale, avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose de merveilleux, là-haut dans la montagne de Kurama. Cette année encore, le festival plus que centenaire a permis de montrer le courage des jeunes hommes de Kurama, pour le plus grand plaisir de milliers de touristes.

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