Japon - Le Torii De Miyajima

Japon – Une promenade à Miyajima

La seconde journée à Hiroshima est consacrée à l’île d’Ituskushima, suite de la série “Atterrissage à Tokyo“, un voyage au cœur d’un Japon mystérieux, divisé entre modernité et culture ancestrale. 

Le bateau glisse tranquillement au-dessus de la surface quasiment parfaite. Le ciel d’un bleu limpide se confond par moment avec la mer de Seto. Aucun nuage ne se profile à l’horizon, le soleil est au zénith. Au fond du bateau, une petite fille s’exclame « regarde Papa ! » en désignant avec son bras tendu quelque chose à l’horizon. Plus nous nous rapprochons de l’île d’Itsukushima*, plus les appareils photos grésillent. Toutes les attentions sont maintenant tournées vers lui. D’abord point d’un infini, il se dévoile au fur et à mesure jusqu’à être l’acteur principal de la scène. Ses contours singuliers se précisent et sa couleur rougeoyante contraste avec celle de la mer. Enfin, le célèbre Torii de Miyajima nous fait face, entouré des eaux miroirs de la mer de Seto, comme si les dieux s’étaient amusés à le placer au milieu de la mer, n’ayant d’autres endroits plus appropriés. Mais, dans leur divine sagesse, ils ont surtout su le protéger des catastrophes anciennes et récentes. Ou du moins essayé …

L’île sacrée d’Itsukushima

Après seulement quarante-cinq minutes de bateau depuis le centre d’Hiroshima, le bateau débarque sur l’île shintoïste et sacrée d’Itsukushima, dans la petite ville de Miyajimacho. Le premier contact avec les habitants de l’île est assez inhabituel et surprenant. Il ne faut pas longtemps pour comprendre la signification des nombreux panneaux d’avertissement partout sur l’île. En à peine dix minutes de vagabondage et après un moment d’inattention, une biche se faufile discrètement derrière nous. D’un geste sûr et automatique, elle s’empare de la seule carte en papier de l’île  et l’engloutit entièrement. Les biches sont considérées comme porteuses des messages des dieux dans la religion Shinto, elles ont donc toutes les libertés sur l’île d’Itsukushima, même celle d’importuner les hordes de visiteurs qui débarquent tous les jours sur l’île sacrée.

Situé au nord-ouest de l’île, Miyajimacho est le seul lieu d’habitation sur l’île Itsukushima. Cette petite bourgade d’environ deux mille habitants – bien plus s’il l’on tient compte des biches, a la particularité de n’avoir ni maternité, ni cimetière. Il est en effet interdit de naître ou de mourir dans un lieu sacré tel qu’Itsukushima, l’île où les dieux et les hommes cohabitent. De la gare portuaire, il faut environ une quinzaine de minutes pour atteindre le sanctuaire d’Itsukushima en passant par Omotesando, qui est le nom de la rue principale de Miyajimacho. Les boutiques de souvenirs, les salons de thé et les restaurants n’y manquent pas. D’ailleurs, certaines de ces boutiques ont automatisé la fabrication de petits biscuits – gâteaux manju, à l’aide de machines gargantuesques. Le rythme infernal des automates exposés dans les vitrines ne manque pas d’attirer et d’hypnotiser les touristes. L’expérience est achevée grâce au parfum délicat des sucreries provenant de la boutique. Tout est pensé pour attirer le touriste dans la boutique. Même les dieux ne peuvent y résister. Un peu plus loin dans la rue, les touristes pourront goûter à l’autre spécialité de la région d’Hiroshima : les huîtres fraîchement grillées sur un petit feu de bois, comme lors du Food Festival d’Hiroshima.

Le sanctuaire d’Itsukushima, l’une des trois vues les plus célèbres du Japon

Après être passé à côté des cuillères géantes en bois, nous marchons paisiblement vers le sanctuaire d’Itsukushima. Ce sanctuaire est consacré aux trois filles de Susano-o no Mikoto, le dieu de la mer et des tempêtes. Il a été construit et reconstruit à mainte fois au fil des siècles. Le sanctuaire actuel date quant à lui du seizième siècle, mais aborde des caractéristiques architecturales du douzième siècle. Autrefois, il permettait aux pèlerins et visiteurs de débarquer à Miyajima sans y fouler le pied, l’île étant sacrée. La porte d’entrée du sanctuaire d’Itsukushima est la célèbre porte ou Torii, connue comme étant l’une des trois plus belles vues du Japon.

Tout comme au sanctuaire Meiji-Jingu à Tokyo, nous avons la chance d’assister à un mariage dans la pure tradition japonaise. Malheureusement, les us et les coutumes nous échappent encore, mais certainement pas la beauté des jeunes mariés. Il est d’ailleurs curieux qu’une partie de la cérémonie soit publique. En Europe, il serait étrange d’entrer dans une église et d’assister au mariage d’inconnus. Cela fait néanmoins le bonheur de tous les visiteurs et ajoute au charme inéluctable des lieux.

L’île d’Itsukushima recèle de nombreux temples et pagodes à explorer. Les plus connus sont le temple de Daiganji, la pagode à cinq étages – Goju-no-to, et le temple Senjokaku, tous se trouvant à côté du sanctuaire d’Itsukushima. Plus au calme et avec nettement moins de touristes, le temple de Daisho-in n’en est pourtant pas moins beau. Plus nous nous enfonçons dans la montagne et nous rapprochons du Mont Misen, plus le charme d’Itsukushima se fait sentir. Une promenade de quelques heures pour découvrir les innombrables joyaux de l’île sacrée des dieux et se perdre dans les petites ruelles de la ville, loin de l’agitation de la rue Omotesando.

Le Torii, la porte d’entrée du divin

Le soleil commence à descendre doucement à l’horizon. Il projette ses rayons d’or et baigne l’île d’Itsukushima toute entière d’un crépuscule divin. Il est temps de redescendre du Mont Misen et de profiter du magnifique coucher de soleil devant le Torii. Sur le chemin, parmi toutes les langues qui forment un concert mélodieux nous parvenons à en entendre une qui nous est familière. Curieuse coïncidence, des alsaciens qui habitent moins de vingt kilomètres de chez nous visitent eux aussi le Torii. C’est presque comme retrouver ses voisins à l’autre bout du monde.

L’élégance du Torii se tient devant nous. En l’espace d’un battement de sourcils, un oiseau blanc fait son apparition dans l’ombre du géant. Celui-ci n’est pas là par hasard. Avec la marée basse, de nombreux petits animaux se retrouvent emprisonnés dans les algues à fleur d’eau ou profitent tout simplement de la marée basse pour sortir de leur cachette. Le repas est irrésistible pour l’oiseau, la photo l’est aussi pour nous. Après cet entracte, le soleil disparaît derrière une montagne avoisinante, laissant majestueusement le Torii comme seul acteur sur la scène. Nous contemplons l’une des trois plus belles vues du Japon. Nouveau changement de décors, l’heure bleue surgit et avec elle un magnifique mélange de couleurs chaudes et froides tel le dégradé d’une peinture. Le crépuscule à Miyajima a une saveur d’exotisme. Toute la représentation de l’Extrême Orient se reflète ici, dans les eaux calmes de la mer de Seto. Les appareils photos grésillent à nouveau, les gens sautent dans l’eau, une nouvelle journée inoubliable est sur le point de s’achever devant un paysage majestueux. Il suffira de quelques minutes pour que la scène change et qu’un nouvel acte commence, laissant place aux lumières artificielles illuminant le Torii, avec les montagnes avoisinantes en ombres chinoises. Nous sommes au dénouement de la pièce, le théâtre va bientôt tirer ses rideaux.

Il est temps de partir pour les derniers spectateurs, le dernier bateau pour Hiroshima attend déjà. Sur le chemin, nous saluons une dernière fois les biches pour leur accueil chaleureux. Elles aussi méritent une bonne nuit de sommeil. La rue d’Omotesando, tellement agitée l’après-midi, est maintenant vide. Le port est lui aussi sur le point de fermer, laissant les derniers passagers embarquer sur le bateau reliant l’île sacrée au reste du Japon. Sur le bateau, nous voyons le Torii disparaître petit à petit dans l’obscurité. Les rideaux sont tirés et, de l’autre côté, la ville d’Hiroshima scintille de mille feux, au loin…

*Itsukushima est le nom officiel pour Miyajima

Photographies

Informations

Quelques informations en lien avec l’article qui peuvent être utiles aux voyageurs intrépides.

Quoi? Miyajima
  Où? L’île d’Itsukushima
 Comment? Train ou bateau depuis Hiroshima

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