Indonésie - Le Temple De Borobudur à Java

Indonésie – Lever de soleil sur Borobudur

Le légendaire temple Bouddhique de Borobudur et le Mont Merapi à Java font partie du premier article de la série « Perdu en Indonésie» consacré à l’Indonésie, un merveilleux voyage d’un mois à la rencontre du plus grand archipel du monde et de sa diversité aussi surprenante qu’éblouissante.

Un léger vent se fait sentir. Il se promène tranquillement entre les sculptures de pierre plusieurs fois centenaires, vient danser entre les jambes des visiteurs avant de s’évanouir dans la jungle environnante dans un sourd bruissement. Seul ce murmure parvient à perturber la tranquillité de la vallée. Pour le moment, la jungle dort encore.

Au bout d’une petite marche dans l’obscurité la plus totale, seulement guidé par le puissant faisceau de nos lampes, les premières lumières provenant du temple se frayent un passage aux travers de l’épais mur de végétation. Il ne faut pas beaucoup plus longtemps pour que l’imposant édifice de pierre se dresse au milieu d’un océan d’obscurité. Un Manhattan vieux de plusieurs siècles, illuminé de mille feux par de puissantes lumières qui lui donnent sa couleur jaunâtre et rendent ses dimensions encore plus spectaculaires. Les ombres d’une centaine de statues de Buddha dansent sur les murs d’un des plus anciens temples bouddhiques de Java. Le réveil du temple de Borobudur est pour bientôt.

Le vestige d’une religion (presque) disparue à Java

Nous sommes assis au sommet, tout juste à côté de la Stupa principale du temple, à attendre dans le noir. Pour tuer le temps, nous jouons avec le faisceau de la lampe de poche, que les gardiens nous ont remis à l’entrée du parc. Il est quatre heures trente du matin.

Tout le monde se prépare au spectacle, mange un petit encas, profite de la « fraîcheur » relative de la nuit. Des cris stridents émanent soudainement de la jungle. Sans doute quelques singes tout juste réveillés qui doivent s’agiter dans les branchages des arbres avoisinants, nous dit un garde en imitant les singes, tout sourire aux lèvres. Au-dessus de nos têtes, la voûte étoilée brille de mille feux. Une constellation incroyable d’étoiles aussi brillantes que les lumières des briquets lors d’un concert.

La nuit étoilée laisse rapidement place à un océan uniformément bleu foncé, qui s’éclaircit de minute en minute. Le crépuscule est là, la lumière du soleil commence timidement à illuminer le ciel derrière le mont Merapi. Pays musulman oblige, nous entendons au loin les premiers appels à la prière, étouffés par la distance et l’épaisse jungle. Ces appels sont vite recouverts par les champs cacophoniques des coqs, plus proches, qui sonnent le début d’un manège qui se perpétue depuis la nuit des temps. Le lever de soleil sur les mythiques ruines de Borobudur vient de commencer.

Les nuages sont les premiers à s’éclaircir, alors que le soleil n’est toujours pas apparu. D’abord d’une couleur grise et neutre, ils se teintent d’une couleur rouge émeraude avec des teintes d’orange au fur et à mesure que le soleil se lève derrière le mont Merapi. Les quelques touristes et locaux ayant eu le courage de se lever avant les aurores profitent de ce merveilleux spectacle et font grésiller leurs appareils photos en vue d’immortaliser ce moment unique. Tout le ciel est plongé dans un gigantesque brasier. C’est comme si le mont Merapi s’était soudainement réveillé et projetait dans le ciel toutes les entrailles de la terre dans un spectacle de feu et de pierre.

Nous restons assis là, à contempler la lueur du jour se frayer un chemin et à écouter la douce mélodie des coqs. Par moment, les nuages prennent le dessus et envahissent le sommet du mont Merapi jusqu’à le faire disparaître totalement sous un voile blanc. La jungle quant à elle est plongée dans la brume que la chaleur du soleil mettra quelques heures à dissiper au petit matin.

En même temps que la luminosité grandit, ce qui n’était dans l’obscurité que des amas de pierres ressemblant à de grosses cloches se relèvent être de magnifiques Stupas, représentations abstraites de Buddha. Sur le dernier étage du temple de Borobudur, les deux mains ne suffisent pas à les compter. A côté des Stupas trônent majestueusement quelques statues de Buddha, bien reconnaissables. L’origine du temple de Borobudur n’est pas certaine, mais il a été vraisemblablement construit vers le IXème siècle. Le même doute subsiste quant à son abandon, car celui-ci était à l’époque un lieu de pèlerinage important pour la communauté bouddhique de Java. Durant cette période, deux royaumes – les Sailendra bouddhistes et les Sanjaya hindouistes, se faisaient la guerre pour le contrôle de Java. Ce sera finalement les Sanjaya qui l’emporteront. D’autres archéologues suggèrent quant à eux que l’abandon du temple ne surviendra que plus tard, au XVème siècle avec l’arrivée de l’Islam à Java. Le temple de Borobudur est inscrit depuis 1991 au patrimoine mondial de l’humanité après une restauration de plus de vingt ans. Depuis lors, la communauté bouddhiste revient peu à peu dans le temple lors d’évènements et de fêtes bouddhistes.

Une fois la lumière du jour omniprésente, nous explorons le reste du temple de Borobudur. Nous sommes subjugués par les milliers de bas-relief que compte le temple. Le temple de Borobudur se transforme soudainement en une grande bande dessinée, les bas-reliefs racontant les histoires et mythes – les sutras, de personnages et de figures célèbres de la religion bouddhiste comme Boddhisattva, kinnara, gandharva, apsara etc. Malheureusement, il faut être un fin connaisseur pour pouvoir comprendre les sutras bouddhiques, tant l’histoire du bouddhisme et de ses différents courants sont complexes pour un non-initié.

Au loin, le soleil continue sa course dans les nuages. La brume aux alentours du temple donne à celui-ci un côté secret et mystérieux. L’espace d’un instant apparaît le sentiment d’être revenu dans le passé, de pouvoir ressentir la présence des prêtres bouddhiques chantant les sutras, entendre les gens priant dans un bourdonnement sourd, sentir les fumées d’encens s’évanouir dans le ciel. Le calme de la jungle appelle à la sérénité et à la rêverie. 

Le Mont Merapi en jeep

Après avoir déambulé plusieurs heures dans le temple, à remonter dans les temps anciens et à jouer aux archéologues des civilisations disparues, la faim nous guette. Une petite collation et un thé javanais dans le temple font l’affaire, le tout accompagné par le son d’un musicien. Nous pouvons enfin nous reposer un peu. Nous rejoignons ensuite l’autre attraction de cette journée, tout près de Yogyakarta. L’espace de quelques heures, une petite jeep nous emmène sur les flancs du mont Merapi, à la découverte de villages détruits par les coulées pyroclastiques et des mines de pierres à ciel ouvert. L’ombre du volcan n’est jamais très loin. Les habitants de la vallée le savent bien et malgré la menace de nouvelles éruptions, préférant utiliser ce que le volcan veut bien leur donner, à savoir cultiver la terre volcanique pour l’agriculture locale et exploiter les pierres dans les anciens lits des coulées ardentes. Ont-ils un autre choix, dans un pays où le salaire moyen n’est que de deux cents euros par mois?

La région entourant le Mont Merapi est l’une des régions les plus densément peuplée d’Indonésie et du monde : elle y dépasse les 1 400 habitants/km2 sur les pentes ouest et sud du volcan. Et malgré la création d’une zone où toute habitation est interdite, la population augmente d’année en année. Dans la culture locale, la présence du mont Merapi est considéré comme bénéfique et ne représente pas un danger, au contraire. C’est donc un problème tout aussi bien pour les autorités qui laissent souvent la situation se détériorer que pour les volcanologues, qui doivent informer la population des risques d’habiter si proche du volcan en plus de devoir le surveiller constamment. La plus grande ville de la région, Yogyakarta, ne se trouve qu’à vingt cinq kilomètres de là, sans aucune barrière naturelle. Autant dire que tous les ingrédients sont réunis pour mener à une autre catastrophe, plus de cents trente ans après celle du Krakatoa.

Il n’est que onze heures du matin mais nous avons l’impression qu’une journée entière vient de s’écouler. La tête encore dans les nuages, nous nous reposons un peu et profitons de l’après-midi pour découvrir la légendaire cité de Yogyakarta. Demain, d’autres profiterons du magnifique spectacle, au sommet du temple de Borobudur

Photographies

Informations

Quelques informations en lien avec l’article qui peuvent être utiles aux voyageurs intrépides.

Quoi? Borobudur
  Où? Yogyakarta, Java
Combien? environ 23€

Quoi? Mont Merapi
  Où? Yogyakarta, Java
 Comment? Par taxi puis par Jeep
Combien? une trentaine d’euro par personne

This Post Has 3 Comments
  1. Bonjour Jean,
    Très belles photos de cette superbe région de Java qui me rappelle de merveilleux souvenirs.
    Étonnant ce musée sur le Merapi, je ne le connaissais pas.
    Belles photos du volcan également, je me souviens d’avoir marché toute la nuit pour atteindre le sommet au petit matin.

    1. Bonjour Pascal.

      Merci pour ton commentaire. Le musée est récent, à la suite de l’éruption de 2010 qu’il a été créé.
      Comment était l’ascension? Nous nous étions gardés pour le Rinjani sur Lombok et notre passage à Java était trop court!

      1. L’ascension est raide et se fait en une nuit contrairement au Rinjani (que j’ai aussi fait)
        Le sommet est très tourmenté, pas mal de fumée mais l’ascension du Rinjani est juste magique et plus belle.

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